Le manicheisme by Tardieu Michel

Le manicheisme by Tardieu Michel

Author:Tardieu Michel
Format: epub
Published: 2014-09-17T16:00:00+00:00


7. Les « Géants »

En marge de son recueil de légendes (Pragmateia), Mani composa un autre cycle de récits fabuleux, intitulé en moyen-perse et en parthe Kawan. Les textes coptes l’appellent tgraphe nngigas, pjome nngigas, ou encore pjome nncalashire : livre des Géants. Tel est le titre qu’il porte également en arabe : Sifr al-jababira. Dans le préambule des Kephalaia coptes, le compilateur met dans la bouche de Mani l’énumération des livres du canon de l’Église manichéenne établi après la mort du fondateur, et Mani y déclare pour nommer le livre des Géants : « Le livre que j’ai écrit à la requête des Parthes. » On peut penser, en effet, que c’est à la requête (copt : laice = gr : aitema) des Parthes, c’est-à-dire en fait de Mar Ammo, que Mani a entrepris de raconter un épisode de l’histoire des origines, seulement évoqué dans la Pragmateia. Ce récit fut écrit par lui en syriaque, et ses missionnaires le portèrent non seulement en Parthie mais au-delà, puisque les fragments qui en restent et que Henning a rassemblés proviennent de toutes les langues parlées d’Asie centrale.

Le thème central du livre n’était pas nouveau dans la littérature de l’époque car la mémoire des peuples est remplie d’histoires de géants. Dans le domaine littéraire judéoaraméen, auquel Mani appartient par la formation religieuse reçue dans son enfance, les géants interviennent dans le récit biblique des causes du déluge.

« Quand les hommes commencèrent à se multiplier à la surface du sol et que des filles leur naquirent, il advint que les fils d’Élohim s’aperçurent que les filles des hommes étaient belles. Ils prirent donc pour eux des femmes parmi toutes celles qu’ils avaient élues. En ces jours-là il y avait des géants (nephilim) sur la terre et même après cela : quand les fils d’Élohim venaient vers les filles des hommes et qu’elles enfantaient d’eux, c’étaient les héros qui furent jadis des hommes de renom » (Genèse 6, 1-2. 4).

L’histoire racontée dans ces trois versets fut reprise et amplifiée dans une apocalypse juive écrite en hébreu vers 150 avant notre ère, l’Apocalypse d’Hénoch, vade-mecum des croyances eschatologiques à l’aube du christianisme naissant. Son succès dans les diverses formes de chrétientés ou de judéochristianismes fut immense. Une version complète a été retrouvée en éthiopien, de longs fragments subsistent dans les papyrus grecs, une réadaptation à l’usage de la chrétienté slave existe aussi. Des fragments araméens, retrouvés dans les grottes de Qumran, témoignent également d’une utilisation de l’Apocalypse dans les courants juifs marginaux. Parmi ces fragments, J.T. Milik a, en outre, pu reconnaître que quelques-uns d’entre eux provenaient d’une mouture différente du livre des Veilleurs, qui constitue la première partie de l’Apocalypse d’Hénoch. Or ces fragments ne pouvaient être des citations du livre des Veilleurs mais appartenaient à un récit autonome relatant avec force détails et noms propres les péripéties amoureuses et dramatiques des anges tombés et de leurs progénitures terrestres, les géants (gibborim). Milik fut donc amené, grâce aux fragments manichéens de Tourfan rassemblés par



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